Mendokusai めんどくさい

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Coucher de soleil sur l'île d'Oshima depuis le sud de la péninsule de Bôsô (préf. de Chiba)

Coucher de soleil sur l'île d'Oshima depuis le sud de la péninsule de Bôsô (préf. de Chiba)

Décembre est la période des Bônènkaï 忘年会, littéralement "repas festifs pour oublier l'année" (plus précisément ses tracas). Ainsi, travailleurs d'entreprises, groupes divers auxquels on appartient, en tout cas jamais en famille, on va au restaurant, ou plus souvent en Izakaya (restaurant traditionnel à saké) afin d'oublier tout cela dans le saké, et, plus particulièrement et paradoxalement, dans la BIERE, qui semble, elle plutôt, j'ai l'impression LA boisson nationale japonaise. Et ça chahute, crie, rit à gorge déployée à ne plus s'entendre parler. Puis l'on rentre avec le dernier train, souvent titubant empestant l'alcool et l'ail. Très zen !

Moi, je vais la faire ici, ma bônènkaï, ma thérapie pour oublier mes tracas. Je vais laisser les personnels de côté pour rester dans la ligne du thème de ce blog qui est le Japon et sortir tout le MENDOKUSAI ("chiant", qu'on a pas envie de faire car barbant...), puisque c'est aussi le titre du blog hein, pour l'étendre aussi à tout ce qui me fatigue, que franchement je n'aime pas dans ce magnifique pays (qui n'est bien entendu pas celui des Bisounours non plus) d'où tout au long de l'année j'essaie de sortir et de savourer le meilleur. Voilà, à titre informatif et pour qui cela intéresse parce que je crois que moi je serais curieuse de tout le Mèndokusaï de quelqu'un dans un pays que je ne connais pas ! Donc, pour oublier, écrire à défaut de noyer dans la bière, pour partager aussi, et rire avec ceux qui se reconnaitront, afin d'apréhender, à chaque fois l'année nouvelle de manière un peu plus zen !

Alors voyons, ras le bol du regard des gens dans les trains, la rue, qui rappellent à tout moment que je suis la Gaijine, regards assez discrets certes mais toujours observateurs, scrutateurs et interrogateurs. Me sens comme une chose à part. Solution : lunettes de soleil ou nez dans un bouquin.

Qu'on me range d'office dans le tiroir des anglophones et me parle en anglais d'un air effarouché le plus souvent alors que je ne suis PAS anglaise. Je me demande toujours pourquoi je me suis tant investie dans la langue japonaise, je me dis que j'aurais mieux fait de potasser mon anglais qui aurait même été plus facile. Solution : j'ignore l'anglais et leurs exclamations et leur réponds naturellement en Japonais.

Les corbeaux avec leurs croassements. Ras-le-bol, ils pullulent dans le pays, nous réveillent le matin d'une manière pas du tout poétique. Solution : aucune, Shô ga nai comme on dit ici (on ne peut rien y faire).

Ne pas pouvoir acheter de vêtements, pas du tout coupés pour les Occidentaux, styles trop ringards et couleurs ternes. Vraiment rien de transcendant. Solution : pas très pratique du tout, mais acheter en France et ne même plus regarder les magasins, trop désespérant.

La langue japonaise, passionnante et que j'ai adoré apprendre mais d'une structure aux antipodes de la notre et dans laquelle je ne peux pas être spontanée. Je n'aurais jamais pensé que la structure de pensée d'être humains et leur langue puisse être aussi différente. Solution : parler français autant que je peux, garder un contact régulier avec la langue française en écrivant ce blog par exemple !

Les petites mijorées timorées (parfois d'un âge assez avancé aussi )qui se croient Kawaii (mignonnes) couinant à jouer à parler avec un Gaijin comme si elles lançaient des cacahuètes à un éléphant dans un zoo s'exclamant à sa moindre réaction, et qui justifient leur impolitesse derrière une prétendue "timidité". Solution : leur demander s'il est possible de parler normalement d'être humain à être humain et partir si mission impossible.

Ces nuits d'été pleines d'humidité et de moustiques qui tombent trop vite. Pas de longues soirées d'été dehors donc. Désespérant. Solution : éviter autant que possible de passer tout l'été au Japon.

Leur manque de spontanéité, de joie, même lorsqu'ils dansent, même dans leurs cérémonies de mariage où tout n'est que formalité. Solution : m'amuser avec des Gaijins (étrangers) avec qui il est beaucoup plus facile de rire.

Difficile d'être indépendante avec toute la paperasse saturée de "hyéroglyphes". Solution : un traducteur mais trop cher.

La mocheté japonaise des paysages industriels gris et fumants, des bâtiments abandonnés et rouillés dans les herbes folles, les villes de province grises, la campagne désuète et poussiéreuse aux jardins négligés. Solution : les éviter !

Ne pas pouvoir pique-niquer sur une plage sans se faire repérer, cibler, et charger par les rapaces. Une seconde d'inattention et c'est le choc, explosion de plumes de moins d'une seconde et plus de sandwich dans la main et le bout du doigt griffé. Solution : Ne PAS pique-niquer et rester dans la voiture pour manger ! :(

Les discussions axées sur le temps qu'il fait et les sujets neutres, et quand ils coupent court à la conversation ou changent de sujet dès que l'on aborde le plus anodin des sujets personnels. Solution : parler de ce que j'ai envie et tant pis pour ceux qui ne suivent pas. Je n'ai que faire de discussions où il ne s'agit que de faire du vent et de décrire des choses en acquiescant. Terriblement ennuyeux. J'abandonne, Mendokusai.

Leur conception du couple où les partenaires s'appellent mutuellement "papa"et"mama" ou le mari et la femme ne sont pas le pivot de la famille mais juste des éléments d'une grande entité qui doit, par principe fonctionner ensemble chacun dans son rôle, hommes et femmes encore trop souvent séparés. Ces hommes raides, guindés au regard fixe, robotisés au manque de sex appeal affolant. Solution : c'est leur problème ou leur bonheur ! Moi je ne peux ni ne veux.

Si peu de divertissment pour adultes. Euh, au premier degré hein ! Piscine, danse, fête, voyages, tout ça c'est pour les enfants. Quand l'enfant arrive, les parents semblent ne vivre que par lui. Ceci dit je n'ai pas dit qu'il fallait l'oublier ou le négliger ! Solution : fréquenter le plus possible de soirées Gaijins.

Leur tendance à s'enfermer dans la promiscuité, l'ombre, derrière des vitres floutées pour boire un café où les Japonais semblent se sentir plus à l'aise.

Pas de parfumeries et si peu de fromage Solution : m'empiffrer jusqu'à plus faim quand je suis en France et manger du camembert en boite (pas mauvais).

Leur nourriture infâme d'algues visqueuses, de grains de soja pourris écumeux qui tirent des fils, leur Konyaku, cet espèce de gelée ferme glissante sous la dent à la couleur et à l'odeur horriblement fétide de vielle serpillère mouillée, ...

Leur manière de voyager éclair, privilégiant les villes et le shopping (inconditionnel d'un voyage) Acheter, acheter, pas parce qu'on a besoin de quelque-chose mais pour acheter...Solution : ne plus jamais partir en voyage organisé japonais. Et il arrive même que, de toute façon ils n'acceptent pas les Gaijins parce qu'ils n'achètent pas assez voire pas du tout !

Les temples et leurs jardins délaissés avec l'odeur humide et putride d'un étang stagnant mêlée à celle de l'encens où tournoient moustiques et insectes

Bords de mer austères et délabrés au sable gris, sale, et sentant les algues pourries remplies de moucherons, ou alors avec l'horizon bloqué par des murs de béton (utiles certes)

Pas de Carnaval, Pas de Noël, pas de réveillon de la St Sylvestre avec robe du soir paillettes et danse :(

.... aah KILAI (je déteste), aah MENDOKUSAI ! TSUKALELU (fatigant)

Comme je le dis toujours "on ne peut pas juger du bonheur des gens" et j'assume mes choix passés comme je le peux, bah il faut bien hein, en affrontant les aspects négatifs de la manière la plus positive qui soit. N'empêche que ce n'est pas toujours facile et vous comprendrez pourquoi beaucoup de Gaijins font leur dépression au Japon.

Voilà, je crois que je vais m'arrêter là pour cette parenthèse négative de fin d'année pour pouvoir à nouveau l'an prochain offrir le meilleur au fil de mes articles sur ce pays tout de même, de manière générale, agréable à vivre avec une population, de manière générale aussi, gentille accueillante et respectueuse. O TANOSHIMI NI ! (c'est une salutation qui signifie littéralement : réjouissez-vous ! pour ceux à qui l'on a promis quelque chose. Se dit souvent à la télé lorsqu'on fait de la publicité pour une émission à venir. Ah, ces expressions intraduisibles ! Mendokusai !

A l'année prochaine !

Kansaijin

Pour plus de détails sur la vie au Japon, il y a... mon livre ! ;) Téléchargeable également sur le site de l'éditeur! (lien ci-dessous).

Publié dans Culture

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Michel 31/12/2015 17:37

Ouh! la la! Cela s'appelle vider son sac.
Avez vous lu le dernier livre de Muriel Jolivet "Confidences du Japon" et illustré par JP Nishi. On y retrouve une partie de vos griefs.
Pour les pique-nique je confrme nous avons nous même subit les attaques des milans dans la presqu’île d'Enoshima et nos voisins se sont fait voler leur casse croute.
Par contre même si les corbeaux sont peu sympathiques pour moi, voyageur occasionnel, il fait partie de l'ambiance japonaise, un peu comme les pigeons à Paris.
En France nous avons des jours difficiles j'espère que 2016 ne nous réserve que de bonnes surprises.
Je vous souhaite une excellente année 2016 et régalé nous de vos petits reportages et de vos belles photos.

Le site que je joins est un reportage sur le Street Art à Paris 13ème.

Kansaijin 01/01/2016 04:36

Bonjour et très bonne année 2016 Michel ainsi qu'à toute votre famille !
Oui, vidage de sac, effectivement :)
Je n'ai pas lu le livre du Muriel Jolivet. Il mérite peut-être que j'y jette un coup d'oeil, y trouverai peut-être une compagne de galère ;) Et c'est bien, ça confirme alors l'objectivité de mes propos !
Enoshima est en effet très célèbre pour l'attaque de milans, lesTombi 鳶! L'ennui c'est qu'il n'y a pas que là bas... M'enfin, ça peut-être une expérience, un souvenir de voyage héhé !
Pour les corbeaux, je crois que je préfère les pigeons...
Eh oui, les jours difficiles de la France, je les vis aussi un peu depuis ici. J'espère que 2016 sera meilleure pour notre pays et les humains de ce monde, mais avec le gouvernement actuel... Bon, je ne vais pas mélanger ce blog avec la politique.
Je suis contente si je vous régale avec mes petits reportages
A bientôt ! Bises